Déambulations Toulousaines #3

Canal du Midi : des Ponts-Jumeaux à l’écluse de Castanet

Quel ouvrage, mieux que le Canal du Midi, saurait exprimer tout l’art de vivre du Sud de la France ? Classé en 1996 par l’UNESCO comme patrimoine mondial de l’humanité, ce chef d’œuvre – dont la prouesse technique et les ouvrages qui le ponctuent (écluses & ponts) – fascine dès que l’on prend le temps de découvrir son histoire !
Construit par Pierre-Paul Riquet entre 1666 et 1681, il s’étend entre Toulouse et l’étang de Thau, près de Sète, sur 240 kilomètres.



Partir à la découverte du Canal du Midi, c’est s’immerger dans le rythme lent qui nous fait oublier nos vies à 100 à l’heure, c’est être transporté quelques siècles en arrière, à une époque où relier Toulouse à la mer Méditerranée (et plus tard à l’océan Atlantique) paraissait un projet fou ! Qu’on le parcoure seulement de quelques kilomètres ou en entier, nous sommes tout de suite happés par son ambiance si particulière, le calme qui se dégage de cette eau verdâtre, presque immobile, et par les majestueux platanes qui semblent veiller sur elle, la protéger.

Lorsqu’est né le projet des « Déambulations toulousaines« , la balade le long du Canal du Midi était une évidence. Pourtant, il nous aura fallu presque une année entière avant de pouvoir enfourcher nos bicyclettes et partir cheveux au vent ! Quand je dis « nous », je parle de Sophie Herlemont, dont je ne vous présente plus le talent ! Partenaire depuis le début du blog, elle est mes yeux quand je suis les mots …
Sophie, elle est tout en retenue, en délicatesse. Lorsque l’écriture m’emporte, ses clichés silencieux apaisent et retiennent l’essentiel. Et cette fois-ci, c’est Sophie qui m’a emmenée dans ses coins secrets et qui m’a fait découvrir cette balade, pourtant si classique, différemment.

Pont Jumeaux, point de départ du Canal du Midi

Un peu d’histoire : Les Ponts-Jumeaux sont un ensemble de trois ponts qui enjambent chacun un canal. Le canal du Midi au centre, le canal de Brienne qui rejoint la Garonne et le canal Latéral qui relie Toulouse à Bordeaux et donc à l’Atlantique. Leur jonction se fait au niveau du port de l’Embouchure. S’il y a un charme certain, et que l’ensemble des trois ponts constitue une œuvre fluviale majeure, les années 70 ont malheureusement gâché son potentiel touristique avec le passage du périphérique pile à cet endroit.

Le coin secret : Alors, plutôt que de démarrer au niveau du port de l’Embouchure, Sophie m’a emmené dans un endroit que peu de toulousains connaissent et qui se trouve à deux pas. Le bassin des Filtres. Situé entre la rue des Amidonniers et l’allée de Brienne, c’est un écrin de verdure et un havre de paix en plein cœur de la ville. Construit à partir de 1842, il est alimenté par l’eau de la Garonne via le canal de Brienne et servait à filtrer l’eau du fleuve des ses alluvions avant qu’elle soit acheminée vers le canal Latéral au moyen d’un aqueduc.

Pour ajouter au charme bucolique de l’endroit, prenez le temps d’en faire tout le tour et d’admirer l’architecture des maisons qui donne un air de village à ce lieu insolite. Deux maisons de fonction ont été construites en même temps que le bassin des Filtres, typiques du 19ème siècle. C’était celles de l’éclusier et du barragiste. Dans les années 1950, en pleine crise du logement, de petites maisons ouvrières en pans de bois furent construites tout autour du bassin des Filtres. Aujourd’hui, le lieu est quelque peu désaffecté, et un projet immobilier est en cours de réflexion, tenant compte de la dimension patrimoniale de cet endroit secret.

La traversée de la ville jusqu’au pont des Demoiselles

Il faut dire ce qui est : la partie du canal qui traverse l’hyper-centre n’est pas la plus agréable. En effet, les boulevards qui le longent sont très fréquentés par les voitures, et malgré la voie verte que constitue le canal, on est tout de même incommodé par les pots d’échappement…
Il y a malgré tout plusieurs lieux qui ponctuent cette partie du parcours et qui méritent un stop durant votre balade.

Les incontournables :
Le jardin japonais, à l’intérieur du parc Compans Caffarelli. On le rejoint par la passerelle Kléber Haedens. Avec son fameux petit pont rouge, sa maison du thé et les cerisiers qui sont en fleur au printemps, le jardin japonais nous offre une parenthèse zen en plein cœur de Toulouse.
Le marché Saint-Aubin, un peu plus loin en dépassant les ramblas Jean Jaurès et l’arche de la Médiathèque sur le côté droit du canal. Si, comme nous, vous faites la balade un dimanche matin, vous serez forcément attirés par le mélange d’odeurs délicieuses qui émanent de la place. Véritable institution toulousaine, le marché Saint-Aubin est un incontournable des circuits touristiques !


Le port Saint-Sauveur, marque le début de la partie la plus agréable du canal du Midi à Toulouse. Son ambiance port de plaisance, la large place ouverte sur côté droit, la capitainerie entièrement refaite, tout cela amène une vraie respiration à cette partie de la ville, malgré une architecture dense et des immeubles très hauts construits dans les années 70.

Le coin secret : En continuant quelques mètres après le port Saint-Sauveur en direction du pont des Demoiselles, nous longeons la rue Monplaisir et nous arrivons devant un lieu dont l’adresse est gardée jalousement par les toulousains : le Jardin Monplaisir. Jardin privé qui reçoit du public, c’est un endroit hors du commun ! Tout au long de la semaine, on peut en profiter de diverses façons. Le samedi bien sûr avec son marché de producteurs de qualité.

C’est d’ailleurs comme cela que je l’avais découvert, par l’intermédiaire du Bouche-à-Louche qui est à l’origine du projet du marché. On profite également de la buvette et de l’espace magnifiquement arboré pour déjeuner sur place en laissant nos enfants courir en toute sécurité ! Le dimanche, le jardin est ouvert de 11h à 18h avec également possibilité de se restaurer à la buvette ou même d’amener son pique-nique. Le week-end, il y a généralement des concerts, des expos… Le reste de la semaine, le jardin, géré par une association de bénévoles très actifs, propose un grand nombre d’activités : ateliers (yoga, musique pour enfants, couture, sculpture sur bois), potager avec les jardins partagés, AMAP, restauration du mardi au vendredi de 12h à 15h avec une association de réinsertion professionnelle.

Parce que c’est vraiment cela le Jardin Monplaisir : un lieu qui porte des initiatives, un lieu de partage, d’expositions, où « l’on discute et l’on cultive le plaisir d’être ensemble en pleine nature« . Un lieu que je vous recommande absolument !

Sortir de la ville jusqu’à Ramonville

Quand on continue après le pont des Demoiselles, on a ce sentiment de liberté qui gonfle à l’intérieur de la poitrine. Les immeubles s’éloignent, les petites maisons s’égrainent avec moins de densité au fur et à mesure que l’on pédale et l’on se sent tout à coup en vacances, en pleine campagne, alors que nous ne sommes qu’à quelques encâblures du centre ville. Encâblures ? Eh oui ! C’est cela aussi qui se passe dans cette deuxième partie du parcours : la voie navigable que propose le canal prend toute sa dimension. Les péniches sont à quai tout le long du canal pour le plus grand bonheur de nos yeux avec leurs coques colorées et l’on a bien envie de monter sur l’une d’elles pour appréhender la balade autrement !

Les classiques : Sur le thème des bateaux, donc, on pourra s’arrêter au niveau du port technique pour y admirer notamment les fresques de graff’ dont je parlais dans mon article sur le street art.

Un peu plus loin, on trouve sur notre gauche le parc de Cinquante. Une zone populaire où se côtoient les familles dès qu’il fait beau et où l’on peut faire des barbecues avec la musique à fond ! Heureusement, le parc fait plusieurs hectares et on peut s’éloigner pour être au calme en pleine nature …


Enfin, une centaine de mètres plus loin se trouve Port Sud, une mignonne petite marina au cœur de Ramonville, étonnante en cet endroit, mais très agréable.
Et surtout : les péniches ! C’est sur cette partie du parcours qu’il y en a le plus ! Monuments qui nous ramènent tout droit à la grande époque des voyages fluviaux, elles trônent, majestueuses, le long des berges et enchantent nos âmes romantiques.

L’activité insolite : C’est en faisant notre Déambulation que nous avons découvert le stand de location de kayaks Ophildelo. Intriguée, j’ai contacté son propriétaire la semaine suivante pour échanger avec lui. J’ai eu l’immense plaisir de rencontrer Philippe, dont la vitalité contagieuse est un vrai coup de boost à elle seule ! Philippe, il a tout plaqué il y a 4 ans pour monter sa base de kayak sur le canal. Auparavant, il était directeur d’un grand centre d’animation multi-sports. Et puis, il a eu envie de revenir à l’essentiel : oublier le management, oublier les contraintes, travailler juste pour le plaisir. Ca fait rêver, non ? Et bien ce rêve, Philippe le réalise avec succès. Car, depuis 4 saisons, il a su créer une proposition unique sur le canal du Midi.

Nous sommes nombreux à vouloir découvrir le canal au fil de l’eau. Mais le peu de propositions qui s’offrent au public restent onéreuses. Or, le tarif pour une découverte en kayak est plus que raisonnable et vraiment ouvert à tout type de public. Le vrai + : pouvoir emmener nos enfants dès 3 ans ! En effet, il n’y a pas de courant sur le canal, la balade sur l’eau est donc hyper sécure et permet de profiter pleinement du paysage magnifique qu’offrent les platanes le long du canal.

Partir à l’aventure jusqu’à l’écluse de Castanet

Une fois que l’on a dépassé Ramonville, c’est l’aventure qui commence ! On est sorti de la ville et l’on s’enfonce sur les terres occitanes, à l’ombre des platanes. Là, plus de constructions, on peut voir des hérons et toute une faune propre au canal.

Déjeuner : Le but de la balade était d’arriver à l’écluse de Castanet, soit 14 km (n’oubliez pas de compter le retour, ça fait donc une petite trotte !). On m’avait souvent parlé du restaurant L’écluse qui se trouve au niveau de la maison éclusière. Voilà donc un bon prétexte pour aller tester ce restaurant. Si le cadre est indéniablement authentique et atypique, je fus plutôt déçue de la cuisine. Cependant, cela reste à faire au moins une fois ! La prochaine fois, nous irons tester la guinguette qui se trouve juste après, à l’écluse de Vic.

Sur le chemin du retour

J’aurais adoré faire le retour sur une péniche, laissant les vélos sur le pont et dégustant paresseusement mon café au fil de l’eau … Mais si un projet de navette fluviale sur le Canal avait été envisagé à la fin des années 90 par la mairie, celui-ci n’a jamais vu le jour. On est donc reparties sur nos bicyclettes en direction de la ville, un peu plus difficilement, il est vrai. Alors, pour faire durer le plaisir, on a refait escale au niveau du port de Ramonville. Cette fois-ci, direction le Bikini et son restaurant avec piscine ! Idéal avec les enfants ou parfait pour déguster une glace dans un lieu à l’ambiance branchée et tellement cool ! On y passerait bien tout le reste de l’après-midi …

J’espère que cette Déambulation numéro 3 vous aura donné envie de (re)découvrir ce grand classique de notre belle ville. Pour ma part, ce fut une découverte, car en vraie citadine, je ne m’éloigne du cœur de ma ville natale que pour aller bien plus loin !

Infos pratiques :

Si comme moi vous n’avez pas de vélo, la solution Vélô’Toulouse permet de profiter de la sortie à moindre coût.

Ophildelo : Ouvert de Mai à Octobre, uniquement les week-ends (Samedi et dimanche + les ponts) de 10h à 19h.

Jardin Monplaisir – programmation : n’hésitez pas à vous abonner à leur page Facebook pour découvrir tous les prochains évènements.

Pour aller plus loin dans la découverte du canal :
L’officiel du Canal du Midi : à la fois site d’informations et de propositions touristiques.


Photos by Sophie Herlemont, à découvrir sur son site Les bonheurs de Sophie.

A lire ou à relire, nos Déambulations Toulousaines sont autant une promenade pour les yeux et l’esprit qu’une véritable proposition de vous faire découvrir Toulouse autrement.
Déambulation #1 : De Saint-Sernin à Saint-Cyprien, les anciens faubourgs
Déambulation #2 : Du Jardin des plantes au Pont Neuf : la ville-corps

Publié par ChloéD

Passionnée de voyages, je partage mes coups de cœur en tant que rédactrice voyages depuis plus de 6 ans. En devenant maman, m'inscrire dans la dynamique locale à travers le projet de la gazette de l'école m'est apparu essentielle. J'aborde l'écriture comme la possibilité de donner une voix aux initiatives qui œuvrent pour un monde meilleur, un monde auquel je veux participer pour l'avenir de la nouvelle génération en devenir.

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