Street Art à Toulouse, de l’acte vandale à un art reconnu

Parler de Street Art c’est toujours très tendance dans les city trip. C’est d’ailleurs en voyage que je me suis intéressée pour la première fois à cet art urbain : les rues de Penang en Malaisie, puis plus récemment lors d’un voyage presse à Rotterdam.
Or, depuis un an, nous ne voyageons plus, nous n’avons plus accès aux musées, aux concerts, aux restos … Et pourtant, notre soif de découverte reste intacte, presque exacerbée par l’impossibilité de mouvement. Alors, au travers de ce blog, j’essaie, à ma façon, de faire voyager vos imaginaires ou vous faire découvrir autrement ma ville natale : Toulouse.

J’ai eu envie d’aborder le Street Art, moi qui n’y connais pas grand chose et certainement pas les codes, parce que c’est un art ouvert à tous. Un art qui ne s’enferme pas. Un art qui vit. Le confinement, le couvre-feu, toutes ces notions de temps de guerre et de restrictions n’ont pas d’emprise sur l’art urbain. Car s’il n’est pas forcément contestataire, il est bien souvent irrévérencieux, ne serait-ce que par le choix de l’emplacement, et parfois aussi dans le message.
Ce côté pied de nez à une société qui s’enferme peu à peu dans la peur m’est apparu aujourd’hui comme un souffle vital redonnant l’envie de braver quelques interdits, juste pour se sentir vivant.

A travers la découverte de lieux incontournables dans Toulouse et ses alentours, c’est surtout la compréhension d’un monde à part, qui a su, en une trentaine d’années, s’imposer à la fois en tant qu’art mais également comme partie intégrante du tissu urbain.

Fresque collaborative de la Truskool sur la porte d’Arnaud Bernard, 2017. Commande de la ville.

A ce stade de l’article, je dois apporter une précision. Aujourd’hui, nous utilisons le terme de street art sans réellement faire la distinction entre tous les arts urbains existants. Il existe plusieurs techniques permettant de réaliser des œuvres : le graffiti qui est le mode opératoire originel, fait avec des bombes de couleurs utilisées pour les carrosseries de voitures, mais également des pochoirs, des collages, etc … Mais il faut comprendre que les cultures urbaines englobent également le Hip Hop (presque indissociable du mouvement), les sports type skate, etc… ou encore des installations qui prennent tout leur sens dans l’intégration du paysage urbain (avec par exemple les statues de l’artiste toulousain James Colomina ).

Voici le vocabulaire de base pour appréhender le monde du Street Art :
Un tag : signature, généralement réalisé rapidement, de façon « vandale »
Un graff : réalisé à la bombe, avec des couleurs, c’est l’identité du graffeur
Un spot : l’endroit (généralement illégal) où est fait le graff
Un blaze : le nom que l’artiste se donne
Pour aller plus loin dans le vocabulaire du Street Art, je vous conseille ce site.

Rue Gramat

La jeunesse du Street Art toulousain

Lors de mes premières recherches sur le sujet, j’ai découvert que l’Office de tourisme de Toulouse propose une visite intitulée « Le Graff Tour » au cœur du quartier Arnaud Bernard. Identifié comme berceau du graff toulousain, il m’a semblé que ce serait un bon point de départ pour découvrir ce monde qui m’était inconnu. J’ai donc eu le plaisir de participer à cette visite passionnante, accompagnée d’un guide-conférencier de l’office de tourisme et d’un graffeur connu et reconnu dans le milieu : Mile. Tout l’intérêt de cette visite guidée, c’est la découverte du monde du graff’ à double voix. Le côté institutionnel qui pose le cadre et les références historiques, et la voix de l’intérieur qui nous relate des anecdotes, des épisodes de comment tout à commencé.

Les premiers jobs des graffeurs sont les commandes sur devanture de magasins.


Pourquoi Arnaud Bernard est-il considéré comme le berceau de l’histoire du graff à Toulouse ? Il faut recontextualiser et se rappeler que Arnaud Bernard a toujours été un quartier où différentes cultures se côtoyaient. A la fin des années 80, le graff’ est un mode d’expression peu connu en France. A Toulouse, ceux qui, quelques années plus tard, se monteront en collectif sous le nom de Truskool (dont font partie les artistes aujourd’hui reconnus comme Tilt, Soune ou IIpont) sont de vrais précurseurs. Par ailleurs, dans les années 90, il y avait encore des friches industrielles dans cette zone de l’hypercentre. Or, de par le côté vandale (comprendre illégal), les zones urbaines non exploitées ont toujours été des lieux de prédilection pour les graffeurs. A l’abri des regards, ils pouvaient s’entrainer et proposer des œuvres plus abouties que celles faites rapidement le long des rocades par exemple.

C’est dans le jardin d’Embarthe que trône la plus ancienne fresque encore visible. Réalisée à la bombe en 1994 par plusieurs graffeurs, elle est avant tout remarquable par sa symbolique : elle est le premier partenariat avec la mairie de Toulouse, acceptée en concertation avec les riverains.


La visite se poursuit entre haut lieu de la culture du graff et le focus sur des artistes plus contemporains et très recherchés par leurs fans (cf. plus bas). Le Graff Tour vaut clairement le détour pour ceux qui, comme moi, sont curieux de découvrir une culture différente, mais également pour les passionnés d’arts urbains qui découvriront à travers l’Histoire, les détails de cet art underground.

Info pratique : Le Graff Tour est proposé par l’office de tourisme de la ville de Toulouse, n’hésitez pas à consulter leur site pour les prochaines dates.
Tarif : 12€ pour 1h de visite. Départ place des Tiercelettes.

De la rue aux galeries d’art

Festivals

Ce n’est pas anodin si j’ai choisi d’illustrer cet article avec un graff réalisé lors du festival Rose Béton dans le quartier très chic du Busca. C’est l’exemple même de la réussite de cet art de rue, marginal, qui a su séduire et s’impose aujourd’hui ailleurs que dans des zones désaffectées. Depuis quelques années, plusieurs festivals ont mis à l’honneur des artistes du monde entier, offrant à un public beaucoup plus large la possibilité de découvrir cet art outdoor. Pour l’occasion, des murs entiers sont mis à disposition des artistes et leurs œuvres sont largement relayées dans la presse. Voici quelques fresques incontournables, faites dans le cadre des festivals Rose Béton, Mr Freeze, ou Latino Graff’ pour ne citer que les plus connus.

Poes & Jober – L’épopée de Gilgamesch – Festival Rose Béton, 2016. Rue Marceau
Miss Van – La Symphonie des Songes – Festival Rose Béton, 2016. Rue du Pont de Tounis
Mondé & Maye – La bergère – Festival Rose Béton, 2016. Métro Saint-Agne.
Lieux de transmissions

En faisant des recherches pour cet article, je suis tombée sur un lieu qui a ouvert il y a tout juste un an : l’Aérochrome. J’ai eu la chance de rencontrer Elsa et Karine de Cisart, collectif incubateur des cultures urbaines. Ce fut un moment d’échanges passionnants à l’image de ce qu’est ce lieu : un lieu de transmission. Le projet de l’Aérochrome a été développé en partenariat avec la mairie de Blagnac. L’idée, c’est de créer une « école » (dans le sens de la transmission, pas dans celui d’imposer un courant artistique), qui permet à la fois à des artistes en résidence de bénéficier d’un atelier, mais également d’être un lieu d’exposition où un public varié peut découvrir les cultures urbaines. Avec un vrai succès à l’ouverture, l’Aérochrome, comme tout lieu de culture, a subit de plein fouet cette année improbable que nous venons de vivre. L’été dernier, plusieurs stages ont été proposé à des jeunes souhaitant s’initier aux arts urbains : graff, hip hop, skate, …

Le hangar de l’Aérochrome


L’Aérochrome est en train de préparer l’exposition « THROW-UP & TAGS » que j’ai pu entre-apercevoir. On espère une ouverture prochaine pour découvrir la scénographie très forte de cette expo.

A savoir : la partie atelier n’est malheureusement pas visible car elle est soumise à la propriété intellectuelle de chaque artiste. Même si on le comprend, on le regrette. Car se trouver au cœur de la création est très grisant ! J’aurais adoré pouvoir partager avec vous cette ambiance, mais je respecte profondément le travail d’artiste qui ne saurait être spoilé avant sa décision de présenter l’œuvre dans son unité.

L’autre lieu incontournable de la culture urbaine toulousaine est bien sûr le 50cinq. Issu d’une initiative privée, c’est à la fois un lieu évènementiel (espace Cobalt), des ateliers d’artistes et des bureaux de créatifs (vidéastes, stylistes, etc …). Bien connu des toulousains, notamment grâce au festival Mr Freeze, le 50cinq a largement contribué à faire connaitre le street art auprès du grand public.

L’expo Express, collab’ Reso / Woizo
Galerie d’art

Et puis, il y a ce lieu unique à Toulouse, et comme il y en a peu en France : la galerie 22m2. C’est une galerie d’art urbain et contemporain qui a pour but de faire découvrir autrement les artistes émergeants ou reconnus du street art, à une clientèle différente. Installée au cœur du quartier des Carmes, rue des Polinaires, la galerie propose une nouvelle expo toutes les 5 semaines. A chaque fois, une œuvre est réalisée sur le mur de la galerie, afin de mettre en avant cet art mural éphémère qu’est le graff. Projet audacieux porté par Julie, j’ai eu la chance de découvrir ce nouveau lieu de culture lors de l’ouverture de la toute dernière exposition « Express ». Superbe collab’ de deux grands noms du street art toulousain Reso & Woizo, je ne peux que vous inviter à aller l’admirer afin de vous immerger dans ce monde coloré, à la fois graphique et onirique.
Exposition « Express » : du 13/03 au 17/04/2021


Bon plan : les collectionneurs comme les novices pourront repartir avec une œuvre originale, puisque des sérigraphies sont disponibles à des prix très abordables !

La galerie 22m2 lors de l’exposition Express, collab’ Réso / Weizo

Chasseurs de graffs : le lien indissociable entre l’artiste et le spectateur

A travers l’histoire du graff, on comprend combien c’est un art éphémère. Voué à s’estomper ou à être recouvert, voire détruit sur certains lieux en mutation. Et c’est cette fragilité de l’œuvre qui en fait également toute la force et la valeur. Certains l’ont bien compris et se font chasseurs de graffs, compilant des milliers de graffitis, toujours à l’affut des nouvelles zones d’expression.

Où admirer des graffs à Toulouse ?

Les puristes préfèreront peut-être des lieux plus undergrounds que ceux évoqués plus haut, où le graff garde son côté vandale et éphémère. Il existe des centaines d’endroits, plutôt en périphérie de la ville, où les graffeurs posent leur blaze. Souvent des lieux désaffectés, ou des zones de chantier. Il n’est pas forcement facile de s’y rendre, et généralement interdit voire dangereux. Mais il y a quelques endroits où l’esprit rebelle est resté, bien qu’ accepté par les institutions et les riverains.

La rue Gramat

Entrée de la rue Gramat

Témoignage à elle seule de cet art éphémère et vivant, la rue Gramat est une superposition sans fin de graffs d’artistes reconnus et de tags de jeunes graffeurs se faisant la main. Située en plein cœur du quartier Arnaud Bernard, elle est le passage obligé de toute personne s’intéressant au Street Art à Toulouse. Elle est d’ailleurs le cœur de la visite du Graff Tour.

Rue Gramat

Le Port Sud de Ramonville

Avec son ambiance indus’ un peu zone, le Port Sud de Ramonville est le terrain de jeu de plusieurs type de population qui se côtoient sans heurt dans une sorte de balai parfaitement orchestré. Cyclistes et coureurs aux baskets fluos longent les mètres linéaires colorés où les graffeurs sont presque tous les jours présents, modifiant à l’infini la toile de béton de cet espace aux airs de port abandonné.

Le + famille : Balade en vélo le long du canal depuis Toulouse pour y aller, et parc à jeux pour enfant entièrement graffé.

La rue Cazeneuve

Là encore, haut lieu du graff pour les initiés, mais très peu connue du grand public. Le long de la gare de triage se trouve un grand mur entièrement graffé, avec en arrière plan les wagons d’un train de la Poste. Quelques œuvres sont particulièrement anciennes, et l’on a l’impression ici de remonter le temps et de revivre cette époque où les trains servaient aux artistes à se faire connaitre au public.

Les applis très cool

Enfin, il existe plusieurs applis référençant les œuvres dans les villes. L’une des plus classique est l’appli Street Art Cities, qui propose une carte interactive de la ville avec photos et explications. Pas toujours à jour, en fonction des villes.


Une autre appli qui fait fureur dans le monde entier, c’est celle proposée par Invider, artiste au projet ambitieux visant à déployer ses créations sur les murs du monde entier, faisant de chacune de ses pièces « le fragment d’une œuvre tentaculaire« . L’appli Space-inviders propose au public de chasser ses œuvres (faites en mozaïques et qui s’inspirent du jeu vidéo) et de collecter des points. C’est une sorte de jeu vidéo adapté à la réalité de l’espace. Si l’on adhère pas forcément à la forme, le projet artistique en lui-même est passionnant puisqu’il casse les codes établis et permet une véritable interaction entre l’artiste et le public.

Space-Invider à découvrir lors du Graff Tour

En démarrant cet article, je me suis posé la question suivante : en devenant « légal », le graff a-t-il perdu en authenticité ? Graffer pour une commande de la ville ou à l’intérieur d’une galerie, est-ce là un renoncement au mouvement premier ?
Je crois au contraire que c’est l’évolution de cet art au fil du temps qui l’a naturellement amené sur le devant de la scène. C’est, selon moi, une très belle reconnaissance que d’être aujourd’hui associé pleinement à l’identité de la ville.

Alors, si vous aussi vous êtes en manque d’Art sous toutes ses formes, passionné de voyages ou encore d’architecture, le Street Art saura définitivement vous apporter cette bouffée d’oxygène qui nous fait tellement défaut depuis des mois.

Cité La Gloire

Merci à l’office de tourisme de Toulouse et à l’artiste Mile, à Elsa et Karine de l’Aérochrome, aux artistes Trom et Mezy, à Julie de la galerie 22m2. Tous ces échanges ont permis l’écriture de cet article et surtout l’immersion passionnante au cœur du street art toulousain.




Publié par ChloéD

Passionnée de voyages, je partage mes coups de cœur en tant que rédactrice voyages depuis plus de 6 ans. En devenant maman, m'inscrire dans la dynamique locale à travers le projet de la gazette de l'école m'est apparu essentielle. J'aborde l'écriture comme la possibilité de donner une voix aux initiatives qui œuvrent pour un monde meilleur, un monde auquel je veux participer pour l'avenir de la nouvelle génération en devenir.

8 commentaires sur « Street Art à Toulouse, de l’acte vandale à un art reconnu »

    1. Super, Chloé, très intéressant, j’ai appris des choses et je crois qu’on devrait laisser tous les pignons aveugles de la ville aux artistes. J’ai beaucoup aimé La Bergère. A Lyon il y en a beaucoup de pignons peints et vraiment une bonne idée de mettre de la couleur dans les villes !

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      1. Merci pour ce retour Yulia ! Oui, la couleur dans la ville est primordiale pour s’y sentir bien. Et le sujet de l’art accessible à tous également. Voilà de quoi s’inspirer … 😉

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  1. Le premier magasin de bombe southpainters qui existe depuis plus de 20 ans!..C’est un peu grâce au premier graffiti shop à Toulouse que c est artiste s expriment !.. c’est sur on compte pas!…sike artiste toulousain depuis 1990

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    1. C’est vrai ! Il y a tellement de lieux et d’endroits que cet article aurait pu être fait en plusieurs parties ! Merci pour votre retour !

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