En quête du bonheur : réflexion sur le temps présent

Il y a quelques temps, j’ai entendu une émission radiophonique (ok, là je me fais plaisir, tellement plus romantique comme mot que podcast !) qui évoquait la notion de présentisme, développée par l’historien François Hartog, professeur à l’école des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Ces quelques minutes m’ont littéralement plongée dans une réflexion toute personnelle quant à notre rapport au présent en cette période de pandémie. En effet, un an après le premier confinement (vécu comme une expérience inédite : positive ou négative), notre rapport au monde, aux autres, a été profondément modifié. Cela a fait écho à d’autres réflexions, injonctions, nous invitant à vivre autrement.

J’ai eu besoin de mettre tout ça par écrit. Je vous livre ici un questionnement qui ne veut pas se poser comme vérité mais bien plutôt comme une invitation à la discussion, à l’échange. Ainsi, peut-être, pourrons-nous comprendre ce qui nous arrive et surtout en tirer le meilleur pour arriver à vivre heureux. Car quoi qu’il se passe et en tout temps, c’est à cela qu’aspire l’être humain issu d’une société et d’un milieu privilégié (oui, car lorsque l’on se bat au quotidien contre la faim, que l’on vit en temps de guerre, l’être humain a d’autres priorités).

Présentisme : notion développée par François Hartog

Notre ami Wikipédia nous dit que dans l’approche historique du terme, le présentisme est la manière d’articuler les temporalités entre passé, présent et futur. François Hartog met en évidence divers « régimes d’historicité » dans son premier livre éponyme. Il reviendra ensuite tout au long de sa carrière sur cette notion de présentisme, où seul compte le présent. Le passé n’est plus pensé comme l’Histoire éclairant le présent, mais comme mémoire où le passé s’incruste dans le présent. Le futur, quant à lui, est considéré comme trop angoissant pour être envisagé. Dans la notion première du terme il est d’ailleurs considéré comme n’existant pas puisque seul le présent est.

Le présent, caractérisé par l’instantanéité et l’urgence, est survalorisé – tout ce qui se passe dans une journée est considéré comme historique –, le passé se voile et, désormais, la croyance que l’avenir sera forcément meilleur s’est effondrée

François hartog

François Hartog, au fil de son œuvre, travaillera autour de cette notion de présentisme, ou l’urgence de vivre le temps présent : le temps de la pandémie exacerbe celle-ci. Il résume parfaitement la situation dans son dernier livre Chronos – l’Occident aux prises avec le temps : « Le présent, caractérisé par l’instantanéité et l’urgence, est survalorisé – tout ce qui se passe dans une journée est considéré comme historique –, le passé se voile et, désormais, la croyance que l’avenir sera forcément meilleur s’est effondrée ».

L’injonction de vivre le temps présent

En écoutant cette réflexion sur le temps présent, en grande adepte de yoga et de pensée positive, cela a fait écho en moi à d’autres injonctions que j’avais pris pour vérités essentielles. Depuis plusieurs années, j’ai adhéré totalement à l’idée qu’il est essentiel de « vivre le temps présent », le « ici et maintenant », l’importance de se recentrer sur ce qui est, sur ce que nous sommes, bien plus qu’écouter les sirènes du futur ou les mélodies nostalgiques du passé.

Alors, tout à coup je doute. Et si nous avions tout faux ? Et si cette recherche de temps présent comme réponse au bonheur était vaine ? Puisque le présent est déjà passé, comment puis-je m’exhorter de le vivre lui, et lui seul, sans considération pour ce qui a été et ce qui sera ? La pensée yogique ne serait-elle alors qu’une injonction comme tout autre croyance ? Non, bien sûr, me direz-vous. C’est la vulgarisation du concept qui amène à une pensée simplifiée et étroite. C’est certainement vrai. Pour autant, c’est de cette façon que j’ai abordé le yoga. A travers une lecture retransmise par des professeurs, eux-mêmes ayant simplifié l’enseignement pour que celui-ci soit accessible à tous.

Vivre le temps présent, c’est vivre un temps « plein ». Le constat, d’ailleurs, a souvent fait état de ce qu’une trop grande quantité de possibles s’offre à l’être humain. Cela nous désoriente, nous perd et nous ne nous retrouvons plus. Nous avons alors besoin de nous recentrer. De retrouver du temps pour soi, de vivre l’instant présent.

Est-ce alors une sorte de cercle vicieux ? Comment sortir de cette spirale et retrouver l’équilibre ?

Que devient le présent en temps de confinement ?

Le temps des différentes variantes du confinement (confinement strict, confinement allégé, couvre-feu, restaurants, lieux de culture, fermés, puis ouverts, puis de nouveau fermés, etc …) interroge sur comment vivre le temps présent lorsque celui-ci est mis entre parenthèse.

Le présent par lequel on jurait d’être vraiment heureux s’étend et se distord. Il devient un infini sans horizon. La pandémie, ou l’utilisation faite de celle-ci, nous offre un présent annulé. Un présent sans aucune promesse, aucun projet qui s’inscrirait dans un futur fait d’instants présents. On devient alors prisonnier de ce temps présent. Comme une éternité sans lumière, un présent vide. D’actions, de sens.

Comment alors être heureux ?

J’évoquais cette question de non-perspectives avec un ami, soutenant l’idée qu’il fallait coûte que coûte être joyeux. Et que de cette positive attitude jailliraient de l’intérieur de nous-mêmes les ressources du bonheur. Celui-ci m’a fait cette réponse d’une justesse incroyable, teintée d’une obscure sagesse : « Cela fait déjà bien longtemps que l’on puise en nous, et nos ressources sont déjà pas mal entamées. »

Cette vérité toute simple m’a pas mal ébranlée. Je reconsidérais alors mes propres croyances et j’ai donc eu besoin de vous l’écrire pour le comprendre. Pour autant, comprendre n’amène pas de solutions, et c’est bien des solutions qu’on aimerait voir apparaitre.

Alors, je me dis que la seule façon de savoir est bien d’être patient. C’est notre relation addictive à l’immédiateté qui nous rend malheureux. Peut-être qu’en prenant de la distance avec ce qui est, ou n’est pas, arriverons-nous à ne plus subir ce présent décevant. Et sans mettre tous nos espoirs dans un futur meilleur, peut-être que vivre un instant présent ralenti, sans exigences ni envies, nous apprend à vivre pour de vrai. A ressentir le présent comme un parfum délicat et fugace qui laissera en nous le souvenir d’un moment agréable. Peut-être la situation actuelle nous apprend-t-elle à vivre ensemble le passé, le présent et le futur. Et peut-être entrons-nous sans le savoir dans un nouveau régime d’historicités ?

Note : Les photos utilisées pour l’article ont été prises lors de mon voyage dans le désert du sud marocain. J’ai eu envie d’illustrer cette idée de présent à la recherche du bonheur avec ces photos car ce voyage fut une parenthèse pleine de moments lents et intenses que procure le désert.
Si vous souhaitez (re)découvrir cette expérience, l’article est ici.

Publié par ChloéD

Passionnée de voyages, je partage mes coups de cœur en tant que rédactrice voyages depuis plus de 6 ans. En devenant maman, m'inscrire dans la dynamique locale à travers le projet de la gazette de l'école m'est apparu essentielle. J'aborde l'écriture comme la possibilité de donner une voix aux initiatives qui œuvrent pour un monde meilleur, un monde auquel je veux participer pour l'avenir de la nouvelle génération en devenir.

2 commentaires sur « En quête du bonheur : réflexion sur le temps présent »

  1. Je partage tes questionnements. Le présent que nous vivons est compliqué à apprécier puisqu’il y a l’incetitude et l’absence de projets qui font tant espérer et aller de l’avant.
    Mais justement peut-être que toujour vouloir aller de l’avant ne permet pas d’apprécier vraiment le temps présent. Et là nous sommes obligés de l’accepter, et pour notre bien-être de l’apprécier tel qu’il est. Lâcher prise et accepter, pour vivre mieux.

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