Déambulations Toulousaines #2

Du Jardin des plantes au Pont Neuf :
la ville-corps

Vous rappelez-vous ce 21 mai ? Dix jours à peine s’étaient écoulés depuis le déconfinement, nous étions encore limités dans nos déplacements. Ce jour-là, après 2 mois de confinement total, je suis partie à pied respirer la liberté.
J’ai pris mon temps, levé le nez, et admiré ma ville. Toulouse. Celle qui me fait vivre, celle dans laquelle je vis, et que j’aime toujours plus chaque fois que je prends le temps de la redécouvrir. Ce jour-là il faisait beau. L’air encore frais pénétrait mes narines à l’affût de toutes ces odeurs oubliées. L’odeur du printemps et de ses bourgeons naissants en traversant le Jardin des plantes, celle de la brique dans les petites rues sombres du quartier des antiquaires, ou encore celle du bitume qui commence à chauffer au soleil de midi en traversant les grandes artères. Et puis, l’odeur de la Garonne, vaguement terreuse mais une bouffée d’oxygène aussi. Sortant de l’ombre des ruelles étroites, la vue sur ce fleuve, pas encore tout à fait majestueux, nous fait nous sentir libre, grand. Cette sensation fut en tout cas celle de ce jour de printemps : une libération.

Et la brique comme signature


C’est en me baladant dans ces petites rues bien connues qu’est né ce projet des Déambulations. Je l’ai proposé à Sophie Herlemont, photographe dont j’aime la sensibilité, son regard délicat et décalé, qui, pour mon plus grand bonheur, a accepté.

Nous vous proposons donc, pour ce deuxième épisode de notre collab’ , une très agréable balade au cœur de la ville rose. Elle démarre et se termine dans des lieux comme des respirations, après avoir exploré l’intérieur, caressé son tissu comme la peau d’un corps. Toulouse, ville-corps. Ou la Cité vue comme un organisme vivant qui se dévoile ou se cache, évolue, meurt et renaît. De l’expérience vécue pour une sensation d’éternité.

Place Mage, l’intime

Le Jardin des plantes, poumon de la ville :

Un peu d’histoire : Le Jardin des plantes regroupe 3 jardins dont le Boulingrin et le Jardin royal. Il s’étend sur 7 hectares au sud-est du centre-ville. C’est en 1794 que l’actuel Jardin des plantes voit le jour, après avoir été déplacé à deux reprises pour cause de sol trop pauvre pour les plantations. Créé par la Société des sciences de Toulouse, il est à la fois un jardin botanique avec plus de 1300 espèces de plantes, mais également un lieu où les plus démunis pouvaient recueillir des plantes médicinales.

S’assoupir et oublier les palpitations de la ville

Le coin secret : S’il n’est pas vraiment possible de s’isoler au Jardin des plantes car c’est un lieu que les toulousains aiment et utilisent comme leur propre jardin, il y a néanmoins le Jardin Royal, un peu moins fréquenté. Avec sa pièce d’eau en son centre, c’est un véritable apaisement en plein cœur de la ville.

Comme naissant du végétal, la sculpture de Saint-Exupéry et son Petit Prince

En sortant du Jardin des plantes par la porte principale, dite « Entrée de Virebent« , on traverse les allées Jules Guesde pour remonter un petit bout de la superbe rue Ozenne. Bordée de magnifiques bâtiments (l’hôtel Dahus et l’hôtel du Vieux-Raisin notamment), elle fut ouverte en 1900 et est particulièrement agréable par ses proportions. Large, bordée d’arbres, elle était une rue qui amenait vers le centre-ville.

Le quartier des Antiquaires, ou le cœur de la Cité :

C’est alors, que par l’une des petites rues qui lui sont perpendiculaires sur la droite, vous allez plonger dans les entrailles de la Cité. En réalité, le cœur de la ville se situe plus au nord et s’articule autour des rues Saint-Rome et de la Dalbade. Mais le quartier Saint-Etienne, dont le centre névralgique est la cathédrale elle-même, a une histoire passionnante que je vous recommande si vous souhaitez en découvrir plus sur l’histoire de la ville. Pour faire court, la place, située devant l’actuelle cathédrale, existe depuis l’Antiquité. Abandonnée pendant plusieurs siècles, elle retrouve, aux alentours de l’an 1000, sa grandeur, lorsque l’évêque Isarn décide de faire reconstruire l’édifice religieux alors en ruine. Les rues qui serpentent tout autour montrent, par leur architecture, que même si la place est un symbole fort du pouvoir religieux, l’activité alentour est surtout lié au commerce. Ce sont les notables de la ville qui s’installent dans cette partie de la cité.

Saint-Etienne, ou la cathédrale inachevée

Aujourd’hui, ce quartier recèle de trésors pour qui sait observer. Tout le plaisir d’une balade dans ce quartier est de se perdre dans les petites rues. Laissez-vous surprendre par une architecture passionnante, mêlant de superbes hôtels particuliers datant de la Renaissance aux façades préservées en colombages du Moyen-Age. C’est d’ailleurs cachés derrière ces hauts murs, à l’abri des regards, que l’on peut découvrir de sublimes jardins, secrets écrins. Les rues étroites protègent le promeneur du soleil du sud. La brique est ici souveraine et la lumière du matin fait jouer les ombres sur les façades chargées d’histoire.

Le coin secret : Dans le labyrinthe qu’est le quartier des Antiquaires, vous finirez, peut-être, par arriver sur la place Saintes-Scarbes. En retrait, et pourtant donnant à la fois sur les rues Perchepinte, Ninau, Saint-Jacques et Pierre de Fermat, cette place est à part. Comme suspendue dans le temps. Il ne s’y passe pas grand-chose. Quelques passants, un vélo … et l’eau de la Fontaine de Diane, symbole de la place. Bordées de bâtiments d’inspiration florentine avec ses persiennes comme des paupières endormies, prenez le temps de vous arrêter. Le calme du lieu invite à la contemplation.

La place Saintes-Scarbes, un sentiment d’ailleurs

En reprenant votre déambulation, apaisé par ce lieu plein d’une énergie réparatrice, vous remonterez vers l’impressionnante cathédrale et plongerez dans la vivante rue Croix-Baragnon. Avec ses boutiques de luxe, elle est à elle seule le miroir de la bourgeoisie cossue toulousaine.
Avant de remonter vers la place de la Trinité, faites le détour par la petite place Mage et empruntez l’étonnante rue Bouquières, qui était, semble-t-il, au 18 ème siècle, un lieu dangereux où le passant pouvait se faire dépouillé. On le comprend aisément du fait de l’étroitesse de la rue.

Place de la Trinité, la féminine

La Place de la Trinité était autrefois un carrefour menant les artères principales de la place du Salin à la place du Capitole. Artisans, marchands y étaient installés. Agrandie au 19 ème siècle, cette place triangulaire est alors ornée d’une fontaine représentant « Les Trois Grâces« , sirènes ailées en bronze. Celles-ci, déesses du charme, de la beauté et de la créativité dans la mythologie grecque, donnent à ce lieu une personnification toute féminine. Et en effet, peut-être à cause de cette espace comme fermé, caché, dont la rondeur de la base de la fontaine augmente la sensation, on perçoit un certain érotisme architectural.

Les Trois Grâces, ou l’érotisme architectural

Observez la superbe Maison Lamothe, construite en même temps que la fontaine (et dont les sculptures qui ornent la façade ont été réalisées par le même artiste) lors du remaniement de la place par l’architecte de la ville Jacques-Pascal de Virebent à partir de 1820.

N’hésitez pas à vous installer sur l’une des terrasses qui bordent la place pour percevoir l’ambiance particulière de celle-ci, ou offrez-vous une délicieuse pause sucrée à la boutique Perlette, pâtisserie que l’on ne présente plus tant sa renommée en seulement quelques années l’a rendue incontournable !

Pont Neuf, respiration urbaine
Old Pont Neuf

Un peu d’histoire : Malgré son nom, le Pont Neuf est le plus ancien des ponts de la ville. Sa construction débute en 1544, mais les travaux s’achèvent presque un siècle plus tard en 1632. Le pont fut inauguré par le roi Louis XVI en personne et conçu pour résister aux assauts des crues violentes de la Garonne.

Au dessus de l’eau … ou sur l’eau

Situé au bout de la rue de Metz, le Pont Neuf donne une sensation très particulière quand on arrive dessus. On laisse derrière soi la ville grouillante, celle des ruelles étroites et sombres, des places nonchalantes sous le soleil estival, son bruit permanent comme un bourdonnement à nos oreilles. Et puis, tout à coup, s’ouvre à nous l’horizon. Les bâtiments n’entravent plus la vue et la Garonne est là, devant nous. Tout à coup on respire. Vraiment. Presque comme devant l’océan. Et ce pont, tel un bras tendu vers d’autres possibles, d’autres vies. Ce pont que l’on traverse, ou pas. Parfois, se pencher un peu sur son parapet suffit à nous insuffler un nouveau souffle. Tout s’apaise et l’on calme en nous le battement sourd de la ville.

L’adresse secrète : Et c’est là, tout à côté du Pont Neuf, que se trouve un tout petit café. L’un de ces endroit secret que l’on se passe de bouche-à-oreille comme un privilège.

Le Café Cersise, best Brunch in town !


Le Café Cerise. Valentin et Stéphanie, un couple plein de bienveillance et qui portent des valeurs comme on les aime, vous reçoivent avec beaucoup d’attentions. Le concept du Café Cerise ? Avant tout un endroit pour les passionnés de café ! Avec un atelier de torréfaction sur place, les cafés proposés à la carte sont tous issus d’une agriculture raisonnée, tracés de la plantation à votre tasse. Mais c’est aussi l’un des meilleurs brunchs de Toulouse, que l’on peut déguster toute la semaine de 10h à 14h. L’assiette change deux fois par semaine, composée uniquement de produits frais et de saison. Si c’est un vrai plaisir pour les yeux, les saveurs sont tout aussi originales et délicieuses !
Alors, que ce soit pour savourer un café face à la Garonne dans le soleil du matin, ou pour une vraie pause gourmande dans votre journée, pour nous c’est l’endroit parfait pour finir cette deuxième Déambulation Toulousaine !

Variante : Pour faire durer le plaisir de la balade, vous pouvez longer la Garonne et remonter en direction de la Daurade. En chemin, arrêter-vous à Notre-Dame la Noire, église remarquable, notamment pour sa vierge noire. Découvrez la Daurade, esplanade ouverte sur la Garonne, longtemps mal fréquentée, mais totalement refaite depuis quelques années et à nouveau très agréable.

(Re)Découvrez notre première Déambulation ici et le plaisir d’arpenter les rues de Toulouse autrement.

Les façades en colombages ou l’architecture comme témoin de nos vies

La rue Neuve, découverte pendant notre déambulation …

Photos by Sophie Herlemont, à retrouver sur son site Les Bonheurs de Sophie.


Publié par ChloéD

Passionnée de voyages, je partage mes coups de cœur en tant que rédactrice voyages depuis plus de 6 ans. En devenant maman, m'inscrire dans la dynamique locale à travers le projet de la gazette de l'école m'est apparu essentielle. J'aborde l'écriture comme la possibilité de donner une voix aux initiatives qui œuvrent pour un monde meilleur, un monde auquel je veux participer pour l'avenir de la nouvelle génération en devenir.

2 commentaires sur « Déambulations Toulousaines #2 »

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