Récit d’aventures part II : Amérique du Sud ou la découverte de soi

Après 3 mois dans la forêt, nous nous sommes dirigés vers l’autre formation naturelle qui caractérise l’Amérique du Sud : les Andes. Là encore, des péripéties presque dignes de Tintin et le temple du soleil nous attendaient. Mais c’est ce que nous étions venus chercher, non?

Les Andes, grandioses et périlleuses

En revenant de notre trek de 15 jours au cœur de la forêt amazonienne (cf. Récit d’aventures – part I), nous sommes montés dans un bus en direction de La Paz, capitale de la Bolivie, et plus haute métropole d’Amérique du Sud, perchée à 4000 mètres d’altitude.
Nous continuions notre route toujours plus au Sud, en nous élevant vers ces hauts plateaux que sont les Andes.
Ici, c’est une tout autre population. La Bolivie est le seul pays du continent à avoir un peuple descendant directement « de los indigenos« . Les colons européens ne sont presque pas parvenus jusqu’à cette partie du Nouveau Monde. Bien sûr, certaines expéditions y sont arrivées, mais les indigènes ont été moins massacrés que les peuples proches des côtes. Les visages sont différents, les rituels liés aux esprits très présents (alors que l’on voit presque partout sur le continent des églises, symboles de la souveraineté catholique imposée aux peuples). Le mode de vie nous plonge dans une sensation de voyage dans le temps. La Bolivie est un pays à part, profondément différent de ses voisins. Là encore, nous avons appris que seule l’humilité peut permettre une compréhension de l’autre. Car l’histoire de chaque peuple est unique : celle-ci s’est développée en réaction à nos ancêtres, venus détruire leur population. Les touristes – je parle de cela il y a 15 ans, les choses ont peut-être changées depuis – étaient tolérés, mais absolument pas intégrés. Nous n’avons jamais réussi à nous faire de véritables amis en Bolivie, contrairement aux autres pays que nous avons traversé.

Pour rejoindre La Paz depuis Coroïco, village-étape situé sur les contreforts des Andes et nous permettant de nous acclimater à l’altitude, nous avons emprunté la fameuse « Ruta de la muerte« . Certains touristes cherchant des sensations fortes le font dans l’autre sens (descente) à vélo ! Je peux vous assurer, que même en montée, dans un bus local (c’est à dire un bus archi-bondé, où les poules font partie du voyage et où le toit est lesté de tellement de bagages que l’on se demande comment on ne fini pas sur le flan dans les virages), c’est déjà toute une aventure !
Les ravins que l’on frôlent nous font serrer les fesses, et le pire, c’est quand une voiture décide de nous doubler en plein virage ! J’ai cru que j’allai mourir au moins 10 fois !


Arrivés à La Paz, après quelques jours de découvertes dans cette ville incroyable, où les quartiers riches se trouvent en bas, avec une magnifique architecture coloniale, des rues fleuries et fraîches, et les quartiers pauvres se trouvent tout en haut, sur le plateau : bidonville balayé par le vent, nous avons décidé de partir visiter la « Isla del Sol« . Encore une fois, ce lieu nous évoquait les aventures de Tintin, et nous souhaitions voir de nos propres yeux ce lieu légendaire. Dans la mythologie Inca, l’île est l’endroit où est né le soleil.

La Isla del Sol est située au milieu du lac Titicaca, plus haut lac navigable du monde. Situé à cheval entre le Pérou et la Bolivie, il est connu pour ses eaux d’un bleu métallique qui contraste avec les pentes ocres de la cordillère.
Nous avions acquis à La Paz du matériel de camping (une tente basique et un réchaud) en échange de notre hamac 2 places qui nous avait servi lors de notre traversée en bateau de l’Amazonie. Nous avons donc décidé de passer une semaine sur l’île, en faisant le tour près du lac. Il y a très peu d’arbres sur l’île, mis à part quelques eucalyptus. La problématique quotidienne était donc de trouver suffisamment de branchages pour pouvoir faire du feu le soir. Car, si la journée il fait un soleil terrible, dont les rayons brûlent notre peau, la nuit, comme en montagne, est glaciale. Au bout de quelques jours, un pêcheur sur sa barque, qui était déjà passé la veille, accosta près de notre campement. Il nous proposa de nous emmener pêcher. Nous partageâmes avec lui notre repas du soir jusque tard dans la nuit. Nous ne nous comprenions pas vraiment, mais je me souviens du feu crépitant, du ciel illuminé d’étoiles, qui paraissaient si proches, et de ses yeux rieurs. Un moment à part, qui fait parti de ces instants inoubliables et qui marquent un voyage.

Enchantés de notre périple sur la Isla del Sol, après une courte halte à La Paz pour des questions logistiques, nous voilà repartis à Sorrata.
Village situé à 2500 m d’altitude, il y a comme un micro-climat dans cette vallée, qui a des airs de tropiques avec sa nature luxuriante. Nous nous régalions d’avocats délicieux cueillis sur des arbres aussi grands que des figuiers. Dans une guest-house, nous rencontrâmes une française, qui vivait en Bolivie depuis deux ans. Elle réussi à nous convaincre de partir avec elle en trek. Nous devions traverser plusieurs cols pour arriver aux alentours de La Paz. Le challenge étant de passer deux cols à plus de 5000 mètres d’altitude. Elle était passée « en direct » avec un guide afin de ne pas payer les frais d’agence. Complètements inconscients, nous avons préparés nos sacs en les bourrant de nourriture et nous sommes partis : 4 touristes, le guide et son père (pieds nus !) plus deux mules.


J’ai bien cru que je ne passerais pas la première journée : avec 1500 mètres de dénivelé positif en seulement quelques heures, j’étais incapable de respirer. Seule les feuilles de coca mâchées comme un chewing-gum m’ont permis de tenir !
Après quelques jours au rythme d’enfer, nous nous sommes accrochés avec le guide. Nous avions fait l’erreur de le payer entièrement avant de partir. Il avait donc décidé de nous faire faire le trek en une semaine au lieu de 10 jours. Nous n’arrivions pas à suivre, et le trek devenait un vrai calvaire au lieu d’être une découverte du pays andin. Le soir du cinquième jour, après nous être ravitaillés en viande de lama séchée auprès d’un berger – rencontre improbable au milieu de cette immensité – le guide nous laissa en plan. Bon, à côté d’une route, mais tout de même ! Nous avions passé un col à 4800 m d’altitude ce jour là. Outre le stress de savoir si oui ou non nous continuions seuls le trek, des démangeaisons ont commencé à s’emparer de moi. C’était très étrange. J’avais l’impression que ça me grattait « à l’intérieur » de mon corps. Le lendemain matin, nous décidâmes de faire du stop jusqu’à un village que le guide nous avait indiqué. Les démangeaisons ne s’arrêtaient pas et mon visage avait enflé, devenant tout rouge. J’étais persuadée que c’était une allergie !
Dans ce village où les jeunes enfants n’avaient jamais vu de « gringos » de leur vie, j’ai pu voir le médecin (bon c’était une maison en terre battue, sans lumière, et sans aucun élément qui distinguait cet homme comme étant docteur…). Son verdict était clair : il fallait absolument que je redescende en altitude. J’étais victime du MAM (Mal Aigu des Montagnes). Si je continuais à monter, je risquais de ne plus pouvoir respirer en faisant un œdème !

Ce fut la dernière fois que nous agissâmes de la sorte. En nous pensant plus malins, nous nous étions mis en danger. La montagne ne pardonne pas. Et ce n’est pas pour rien qu’il existe des agences qui prennent en charge les touristes. C’est cela, surtout que nous avons appris : nous nous pensions voyageurs, différents des touristes parce que voyageant plus longtemps. Nous n’étions rien d’autre que des touristes, ne connaissant ni les modes de vies, ni les dangers. Cet environnement n’était pas le notre. Les Andes ne sont pas les Alpes. Bien plus hautes, bien plus dangereuses.

Après cet épisode, il ne fallait plus me parler de montagne ! Direction l’Argentine toute !

Argentine / Uruguay : ou se découvrir à travers l’autre

Nous avons donc filés sans presque nous arrêter jusqu’en Argentine (bon, en passant par le Chili et le désert d’Atacama, splendide !)


Près de Cordoba, nous avons atterri par hasard, dans un petit village à l’allure allemande avec ses géraniums aux fenêtres. Il s’y fêtait l’Oktober Fest. Vous savez, cette fête de la bière en Allemagne ? Je vous laisse faire le lien avec l’Histoire, quant à cette drôle de tradition …
Là, nous avons rencontré un groupe de porteños (les habitants de Buenos Aires) qui sont devenus de vrais amis en quelques jours (la magie de la jeunesse et du voyage combinée ! ). Nous partîmes donc chez eux jusqu’à Buenos Aires. Nous arrivâmes dans une cité. Un barrio comme on dit là-bas. Ce n’était pas un bidonville. Nous étions dans une tour en dur. Mais bien loin du centre-ville, dans une ambiance complètement différente. Malgré tout, nous avons été accueillis avec beaucoup de bienveillance. Nous étions un peu des curiosités de foire puisque bien sûr, les touristes ne vont pas dans ces coins-là de la ville. Je me rappelle d’un asado (barbecue local) que nous avons fait chez l’oncle de notre ami. Sa maison, elle, était située en plein bidonville, au pied des tours. Nous n’aurions pas pu y aller si nous n’avions pas été accompagnés. Une salle commune où vivaient un grand nombre de gens, et une cour grillagée. De la terre battue au sol et un match de foot sur le petit poste de télévision. Je n’ai jamais autant remercier mon mari d’aimer le foot ! En Argentine, quand tu parles foot, tu peux parler avec n’importe qui !

Après cet interlude improbable, nous décidâmes d’aller faire la saison. L’été arrivait, et nous commencions à ne plus avoir tellement de sous pour continuer le voyage, malgré notre mode de vie très spartiate. Nous prîmes donc le bac pour traverser l’estuaire del Tigre, et arrivâmes en Uruguay. Nos amis nous avaient décrit la station balnéaire de Punta del Este comme le summum du luxe. Le lieu de la jet-set de toute l’Amérique du Sud !

Après quelques jours de recherche, nous rencontrâmes Jean-Paul Bondoux. Français installé en Uruguay depuis plus de 30 ans, il avait une dizaine de restaurants entre l’Argentine, l’Uruguay et le Chili. Passionné, perfectionniste, légèrement gourou sur les bords, il était tout ce que ce continent peut créer de démesure ! Il nous engagea pour un restaurant éphémère sur la plage, un lieu plus ou moins clandestin de luxe (si, si, ça existe !) Cette saison fut complètement folle. Logés à 26 dans une maison de 3 chambres, nous dormions peu, faisions beaucoup la fête et surtout : nous apprîmes l’espagnol ! Il ne s’agissait plus de seulement faire ses courses ou demander notre chemin. Nous partagions nos histoires, nos angoisses, nos rires … Nous étions la Jeunesse, l’Amitié. Nous étions à nous tous une énergie incroyable qui s’ébattait sur la plage très privée de José Ignacio, village de pêcheurs aux villas de stars de cinéma !

Comment retourner à une vie normale après une telle expérience ? Nous nous retirâmes, avec une magicienne qui faisait partie de notre groupe, dans un village à la limite de la frontière brésilienne : Punta del Diablo. Village fréquenté par tous les « artesanos » d’Amérique du Sud, sans électricité, en bord d’Atlantique, dont les plages faisaient penser aux Landes. Le décor est planté : nous y passâmes 2 mois, au rythme de Bob Marley.

La fin du voyage ou apprendre à être un touriste

Et puis, nous avons pris une décision : nous allions rentrer. Mais d’abord, nous voulions finir notre périple comme nous l’avions prévu. Nous allions aller en Terre de Feu. Fouler de nos pieds cette terre australe et se dire que nous l’avions réalisé cette traversée de l’Amérique du Sud.

Mais plus question de voyager autant à la dure ! Désormais, nous prenions les bus de ligne, et nous allions visiter ce qui est recommandé aux touristes. Et, oh, surprise ! Ce n’était pas si terrible d’être un touriste ! C’était même plutôt confortable de se laisser porter.

Nous sommes donc arrivés, après plus d’un an de voyage à Ushuaïa, la ville tout en bas de l’Argentine. Là où se trouve le détroit de Magellan. Ces noms qui m’avaient fait fantasmer toute mon enfance. J’y étais. Je pouvais sentir l’air froid et humide sur ma peu, ne pas voir grand chose à cause du brouillard, mettre mes mains dans le sable vert du Parc National de la Terre de Feu.

Ce rêve de gosse s’était réalisé. Nous l’avions rendu réel. Sans trop prendre la mesure sur l’instant de ce que cela signifiait. Toutes ces aventures, ces rencontres, tout cela, que l’on nomme Voyage, nous avait construit. Une partie de notre identité s’est construite sur ces routes, à travers l’Autre : celui qui est là, à la fois comme un miroir et comme une énigme. Car comprendre l’Autre – quel qu’il soit : l’autochtone dont on ne connait pas la culture, l’ami d’un soir, celui avec qui on voyage – c’est apprendre à se connaitre, apprendre à être soi.
Les voyages forment la jeunesse. C’est ce qui se dit, mais certainement avec beaucoup de raison. C’est en tout cas ce qui m’a profondément permis de grandir.

Epilogue

Il y a eu beaucoup d’autres endroits que nous avons découvert. La Ruta 40 qui remonte la Cordillère des Andes depuis la Terre de Feu jusqu’à Mendoza, en passant par le Perito Moreno ou le Fitz Roy. Bariloche, ses superbes lacs et ses boutiques de chocolats. Valparaïso, les chutes d’Iguazu, et bien sûr, l’incroyable Buenos Aires, qui, a elle seule, mérite un chapitre. Mais ce serait bien trop long. Et puis, peu importe les endroits traversés. Ce qui nous a porté, tout au long de ces mois, ce sont les rencontres, bien plus que les lieux. Nous nous sommes toujours promis d’y retourner un jour, visiter ces sites que nous n’avions pas vu : le Machu Picchu, le Salar d’Uyuni, le Brésil … Le voyage n’est donc pas fini : car imaginer le voyage c’est déjà être ailleurs.


Publié par ChloéD

Passionnée de voyages, je partage mes coups de cœur en tant que rédactrice voyages depuis plus de 6 ans. En devenant maman, m'inscrire dans la dynamique locale à travers le projet de la gazette de l'école m'est apparu essentielle. J'aborde l'écriture comme la possibilité de donner une voix aux initiatives qui œuvrent pour un monde meilleur, un monde auquel je veux participer pour l'avenir de la nouvelle génération en devenir.

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