Récit d’aventures : Amérique du Sud ou la découverte du voyage – Part I

Il y a bientôt 15 ans, je partais à la découverte de l’Amérique du Sud. J’avais 22 ans, nous étions un couple de jeunes mariés et on se prenait pour des explorateurs du Nouveau Monde !

Nous avons passé un an et demi sur le continent sud-américain. J’ai découvert ce qu’était le voyage, le vrai. Celui où il n’y a pas de destination finale, uniquement un appel de l’ailleurs pour se découvrir soi. Ce fut, comme le nomme très justement Sabrina Arnoult dans son texte , un « voyage initiatique ».

Avec un billet d’avion aller simple, je partais sans aucun plan, sans carte et sans gilet de sauvetage. Je voulais être une page blanche que le voyage remplirait d’encre.

Venezuela ou la réalité brute

J’ai posé le pied sur la piste et j’ai su que j’étais enfin ailleurs. Je n’oublierai jamais cette première sensation : la terre rouge, le vent chaud, l’odeur de cette chaleur inconnue, sèche et palpable. Et puis : le camion de l’armée converti en bus de ville et la montée vers Caracas. L’autoroute se déroulait comme un lacet , bordé de ce paysage qui me paraissait très beau vu de loin : les bidonvilles. Architecture chaotique, formant une sorte de fourmilière et qui, surtout, répondait à l’imagerie de l’ailleurs telle que je me l’étais construite. Je me rappelle encore très nettement ces deux enfants, marchant le long du périph’ aux voitures américaines colorées et d’un autre temps, pieds nus, traînant derrière eux une machette aussi grande que leur petite taille.

C’était peut-être la seule chose que nous avions décidé : partir du Venezuela et descendre jusqu’en Terre de Feu, à Ushuaïa. Nous ne savions rien, ou pas grand chose de ce pays. Nous prîmes en pleine face sa violence. Et pourtant, les péripéties des premiers jours nous ont amenés a y séjourner un mois, dans l’un de ses endroits les plus privilégiés : la isla Margarita. Ce fut un sas, des vacances avant le voyage, le vrai. Du moins, c’est ce que nous pensions.

Lorsque nous quittâmes enfin les plages paradisiaques où nous ne pouvions ni rester seuls ni admirer sereinement le coucher du soleil par crainte de se faire attaquer, nous nous sommes décidés pour un endroit symbolique : l’Amazonie.

Amazonie, un pays en soi

Le Salto Angel, Venezuela

Plus haute chute d’eau du monde (979 m), elle doit son nom à l’explorateur Jimmy Angel. Son histoire, digne d’un roman, est totalement fascinante :

Ancien pilote de l’armée de l’air canadienne pendant la première guerre mondiale, Jimmy Angel se trouve au Panama en 1923, avec un avion quadriplace et sans le sou. Un homme vient le trouver dans sa chambre d’hôtel et lui propose une forte somme en échange de laquelle il devra le conduire sur une montagne au Venezuela. Les voici donc, qui partent sans carte, jusqu’à un massif de 3000 m d’altitude en plein cœur de la région de Gran Sabana. Malgré les difficultés, ils arrivent à se poser près d’une rivière qui semble intéresser l’ingénieur. En 3 jours, ils réussissent à extraire 33 kilos d’or. Malgré la charge de l’appareil, Jimmy Angel parvient à faire décoller son appareil, en le jetant au dessus d’un ravin de 1700 m.

Devenu obsédé par cette « rivière d’or », Jimmy Angel réalise, 10 ans plus tard, un survol en solo de la « montagne du diable ». C’est là qu’il aperçoit une gigantesque chute d’eau.

En octobre 1937, ce dernier part, à bord de son avion de brousse, avec 3 autres personnes (dont sa femme), après un repérage de plus de 15 jours où des vivres ont été lâchées près du lieu d’atterrissage. Malheureusement, celui-ci se passe mal, et bien que tous en sortent indemnes, l’avion, lui, est détruit.
Après avoir tenté de réparer en vain l’avion et de trouver de l’or, l’expédition commence une longue marche à travers des forêts et des marécages. Ils atteignent le village au pied de la montagne en 11 jours.

Cette histoire digne d’Indiana Jones aide à planter le décor et surtout nous fait prendre conscience que le Salto Angel est un périple en soi, que l’on ne l’atteint pas facilement, même encore aujourd’hui.

C’est ainsi que nous avons pris pour la première fois de notre vie un petit avion 6 places et survolés cette partie nord de l’Amazonie pour atterrir dans le parc national Canaima, qui a été déclaré patrimoine mondial par l’UNESCO en 1994. Nous avons mis 3 jours à pied et en pirogue pour atteindre la cascade du Salto Angel par le bas. Au dessus de nous s’élevaient les tepuys, ces incroyables reliefs au sommet plat bordés d’immenses falaises.

Cette première expérience de la jungle nous donna envie de nous immerger encore plus dans la forêt amazonienne. Rien que son nom nous faisait fantasmer : j’avais l’impression d’être dans l’album de Tintin L’oreille cassée !

Croisière sur le Rio Madeira, Brésil

Nous passâmes donc la frontière entre le sud du Venezuela et le nord du Brésil et nous rendîmes dans cette étrange ville qu’est Manaus. Seule ville brésilienne au cœur de l’Amazonie, c’était une toute autre ambiance que le Venezuela ! La « métropole de la jungle » est un mélange d’architecture rappelant le faste de son passé (notamment le Théâtre Amazonas) et les années de marasme économique lorsque la culture d’hévéa (l’arbre à caoutchouc) qui en faisait la richesse fut délocalisée en Asie, laissant la ville abandonnée de tous pendant plusieurs décennies. En nous renseignant sur le port, véritable âme de cette ville incroyable, pour continuer notre route vers le sud, nous finîmes par acheter nos billets pour remonter l’un des affluent de l’Amazone jusqu’à Porto Velho, à la frontière de la Bolivie.

Ce voyage de 3 jours à bord d’un bateau à 3 ponts bondés de locaux restera à jamais gravé dans ma mémoire. Il fait parti de ces souvenirs forts, mais qui pour autant ne furent pas des moments de plaisir, bien au contraire !
Imaginez 300 personnes sur un seul pont, entassés dans des hamacs, où chacun vit comme il l’entend, agglutiné aux autres. Deux toilettes pour tout le bateau et une cuisine épouvantable où je me contentais de manger du riz car j’avais trop peur d’attraper la tourista !!!
Et pourtant … la rencontre incroyable que j’ai fait d’une péruvienne. Les 3 jours que nous avons passé balancées dans nos hamacs au rythme lent du bateau à moteur. Les parties de cartes, la cachaça, les moustiques, l’air frais du soir et la chaleur étouffante de la journée … On y était. Pour de vrai. Le voyage. Celui où l’on découvre le mode de vie de l’autre, sans se presser. Celui qui nous laisse le temps de contempler les paysages, jusqu’à ce qu’ils deviennent monotones … Celui où l’on n’est pas du tout dans sa zone de confort, mais où l’on a conscience de vivre quelque chose d’unique.

Rurenabaque, Bolivie :

Alors, on a cherché à appréhender cette jungle plus en profondeur. A pied. C’est dans le village de Rurenabaque en Bolivie que nous avons trouvé une agence qui voulait bien nous emmener pour un treck de 15 jours dans la forêt. Juste nous deux. Bon, enfin, c’est ce que nous avions demandé et ils nous avaient dit « ok ». Evidemment, 15 jours juste pour deux touristes, ce n’est pas du tout rentable quand on pense qu’il faut un guide, une cuisinière et un « cargador » (« celui qui porte » littéralement). Le matin du départ, nous avons la mauvaise surprise de voir débarquer un autre touriste, originaire d’Israël. Même aujourd’hui, je me demande ce qu’il faisait dans notre expédition ! Il n’a voulu se séparer d’aucun de ses bagages (nous en avions laissé une partie à l’agence pour pouvoir porter des vivres), et est parti avec son ordinateur et son Lonely Planet pour 15 jours de trek en pleine forêt amazonienne !

La jungle, à cet endroit là, est moins dense que ce que nous avions pu voir au Venezuela ou au Brésil. De plus, comme c’était la saison sèche, il n’y avait pas tellement de fleurs et je fus déçue par la nature qui me semblait moins exubérante. Néanmoins, l’aventure que fut ce trek à lui tout seul marque, là encore, un moment de voyage fort et unique. Car vivre en groupe pendant quinze jours dans un milieu hostile à l’homme (insectes, serpents, plantes dangereuses …) n’est pas facile. Mais cette expérience nous appris l’humilité. Nous ne sommes rien. A chaque instant, la mort nous guette et nous plonge dans l’oubli. Finalement, c’est ce drôle de touriste qui en a payé le prix fort pour l’apprendre.

Au bout de 10 jours de forêt, les pieds dans la boue et les sangsues collées à nos mollets, nous arrivâmes dans un village d’indiens. Se retrouver dans une communauté aux mœurs différentes, et presque vierge de contact avec le monde touristique fut un vrai moment de partage et de bonheur. La tribu nous emmena camper une nuit au bord d’une lagune. Le lendemain, sur le chemin du retour, nous perdîmes l’israélien. Il avait certainement bifurqué en suivant les traces d’un animal qui avait créé une sorte de passage. Nous ne nous sommes rendu compte de sa disparition que deux heures plus tard, car nous marchions par petits groupes épars. Toute la soirée, les hommes de la tribu le cherchèrent. Pendant ce temps, avec les femmes, nous faisions d’étranges rituels avec des cigarettes et des feuilles de coca pour définir où il se trouvait et savoir si nous le retrouverions ou pas. Ce fut une nuit d’angoisse et d’interrogations : que ferions-nous si nous ne le retrouvions pas? Et si cela avait été l’un de nous deux?

Au matin, après avoir bu plusieurs calebasses de chicha (préparation locale où le manioc est préparé par mastication, ce qui accélère la fermentation), nous repartîmes, avec les hommes de la tribu sur le sentier indiqué par les esprits lors du rituel, à la recherche « del turista perdido ». Il déboula tout à coup face à nous ! Il avait perdu 10 kg dans la nuit, avait les yeux hagards mais était vivant ! Il avait eu la peur de sa vie, n’avait pas dormi, guettant les bruits de la jungle et surtout se demandant quelle bête finirait par le tuer : l’araignée, le serpent ou le jaguar ?

Nous avions voulu vivre une grande aventure, nous étions servis !

Découvrez la suite de nos aventures sud-américaines dans l’article Part II


Publié par ChloéD

Passionnée de voyages, je partage mes coups de cœur en tant que rédactrice voyages depuis plus de 6 ans. En devenant maman, m'inscrire dans la dynamique locale à travers le projet de la gazette de l'école m'est apparu essentielle. J'aborde l'écriture comme la possibilité de donner une voix aux initiatives qui œuvrent pour un monde meilleur, un monde auquel je veux participer pour l'avenir de la nouvelle génération en devenir.

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